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Thomas FEUILLETTE

Tempête sur la côte

Les ondines nous noient sous leur nudité fine,
Leurs pieds nus foulent ma grisonnante figure,
S'enfuie le silencieux peuple qui se confine
Sous la morne coupole, austère architecture.

Ces déesses du nord iront niaiser Nérée,
D'une lèvre salée, d'une joue sous l'embrun,
Par-delà le déclin des falaises de craie
Que façonnent toujours d'âcres horions marins.

Le tumulte des flots et le chant des ondées
Se disputent mes maux face au vaste horizon
Où les navires vont, braves, vagabonder,
Où chavirent alors mes vaines oraisons.

Il arrive parfois qu'un murmure parvienne
A l'oreille tendue pour entendre les voix
D'un passé submergé par les eaux diluviennes
Que les crabes d'en bas, éternels, nous renvoient.

Sur les galets dévots, quelques noms sont celés,
Ils les chantent au gré des inlassables vagues
Que la marée dirige, en pierre ensorcelée.
Sur ces fraîches rondeurs, tant de siècles divaguent.

Les ondines sont là, voletant près du phare
Dont le bras lumineux pourfend les nuées sombres,
Il caresse soudain quelques oiseaux blafards
Revenant au rivage où les souffrances sombrent.

Les gardiens endormis aux bastions de récifs
Ont vu naître en ces eaux un vaste cimetière
D'équipages défunts, en cargo, en esquif,
Sous l'ombre pourfendue par de clairs cimeterres.

Ténébreuse beauté, ô splendide tonnerre !
Le spectacle grandit, le crachin est à terre,
Les éclairs sont brandis, lumineux tortionnaires !
Je contemple, exaucé, mon esprit délétère.

Sous les cieux en colère, il renvoie les chimères,
Affres, maux et pensées, en bouteille à la mer.