Ils disent que les enfants oublient. Ils disent ça comme on jette une bouteille vide dans un fossé. Ça les arrange. Ils ignorent que les enfants n'oublient rien. Ils enterrent. Très profond. Là où les adultes n'ont plus le courage de descendre.
Il suffit pourtant de peu. Une odeur de soupe. Un chien noir. Une porte qui claque. Une femme qui dit « plus tard » avec cette voix qui signifie jamais. Et tout remonte. Même les murs. Même le papier peint. Même les silences.
Vous avez cassé des royaumes pour des histoires de factures. Vous avez vendu des enfances au prix d'une colère. Vous appeliez ça faire au mieux. Le mieux de qui ? Certainement pas de celui qui regardait ses Playmobil comme des réfugiés.
Les adultes adorent les phrases propres. « Tu comprendras plus tard. » « C'est pour ton bien. » « Tu es trop petit. » Drôle d'idée. On est toujours assez grand pour recevoir le coup. Jamais assez pour avoir l'explication.
J'ai grandi. Pas grâce à vous. À côté de vous. Comme une mauvaise herbe qui pousse dans le ciment parce que le béton a oublié d'être totalement étanche. Vous appelez ça de la résilience. Moi, j'appelle ça une fuite d'eau dans votre système.
Je vous accuse d'avoir appris aux enfants à surveiller les bruits. À écouter les respirations. À reconnaître la colère dans le bruit d'une clé. À savoir qu'un escalier peut annoncer un danger. Vous leur avez volé l'immense luxe de courir vers une porte. Ils ont appris à attendre derrière.
Et malgré tout, regardez comme c'est étrange. Nous continuons à aimer. C'est sans doute la plus belle insulte que l'enfance puisse adresser aux adultes.