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Steve DELCOURTE

Les adultes

Ils disent
que les enfants oublient.
Ils disent ça
comme on jette une bouteille vide
dans un fossé.
Ça les arrange.
Ils ignorent
que les enfants n'oublient rien.
Ils enterrent.
Très profond.
Là où les adultes
n'ont plus le courage de descendre.

Il suffit pourtant de peu.
Une odeur de soupe.
Un chien noir.
Une porte qui claque.
Une femme qui dit
« plus tard »
avec cette voix
qui signifie
jamais.
Et tout remonte.
Même les murs.
Même le papier peint.
Même les silences.

Vous avez cassé des royaumes
pour des histoires de factures.
Vous avez vendu des enfances
au prix d'une colère.
Vous appeliez ça
faire au mieux.
Le mieux de qui ?
Certainement pas
de celui
qui regardait ses Playmobil
comme des réfugiés.

Les adultes adorent les phrases propres.
« Tu comprendras plus tard. »
« C'est pour ton bien. »
« Tu es trop petit. »
Drôle d'idée.
On est toujours assez grand
pour recevoir le coup.
Jamais assez
pour avoir l'explication.

J'ai grandi.
Pas grâce à vous.
À côté de vous.
Comme une mauvaise herbe
qui pousse dans le ciment
parce que le béton
a oublié d'être totalement étanche.
Vous appelez ça
de la résilience.
Moi,
j'appelle ça
une fuite d'eau
dans votre système.

Je vous accuse
d'avoir appris aux enfants
à surveiller les bruits.
À écouter les respirations.
À reconnaître la colère
dans le bruit d'une clé.
À savoir
qu'un escalier
peut annoncer un danger.
Vous leur avez volé
l'immense luxe
de courir vers une porte.
Ils ont appris
à attendre derrière.

Et malgré tout,
regardez comme c'est étrange.
Nous continuons
à aimer.
C'est sans doute
la plus belle insulte
que l'enfance
puisse adresser aux adultes.