L'Ennui, ce vagabond aux semelles de plomb, Ne frappe point à l'huis — il entre, souverain, Et pose sur ton cœur sa main de libertin, Buvant ta sève vive et tes désirs profonds.
Tout se fane. Le goût s'efface, lent et blond, Les envies se décolorent, perdent leur carmin, Et tu respires, sourd, comme un obscur automate vain, Mécanique sans âme, esclave sans fond.
Il se fout du décor, salon, foule ou désert, Ce tyran sans visage habite l'univers. Et parfois, honte à nous, c'est nous qui l'appelons.
On l'a tué cent fois. À coups de verre plein, De mots creux, de feuillets que l'on feuillette en vain. Mais l'Ennui est un phénix. Il revient. J'ai faim.