Péril de la loutre
Des nuages blafards glissent devant la lune
Dont le pâle faisceau, lanterne de la nuit,
Tamise des reflets sur la surface brune
Du cours d'eau frémissant qui obstinément fuit.
Sortant de sous les rets des racines d'un saule,
La loutre désormais lasse de se cacher,
Vers l'onde, se coulant, de ses vibrisses frôle
Un fouillis de buissons pour s'en aller pêcher.
Son paletot soyeux, lisse et imperméable
Doublé par un duvet aussi dru que laineux
Est son atout majeur de nageuse insatiable
Pour, sans crainte, explorer l'élément poissonneux.
Dans le courant glacé, quelle sera sa proie,
Quel gardon argenté, quel chevesne empenné,
Quel omble vigoureux, quelle grasse lamproie
Fournira l'essentiel, ce soir, de son dîner ?
Dans sa quête pourtant sévit la concurrence
De nombreux prédateurs cherchent aussi leur part,
Le cormoran zélé, expert en manigance,
Le héron intrusif, le brochet de hasard.
Mais le pire de tous est l'homme, ce bipède,
Avec son attirail, sa barque, son filet
Et ses leurres sournois, dont la menée procède
De la déloyauté et du fourbe complet.
Si son pillage met en péril la ressource,
Comment trouver demain assez pour subsister ?
Il faudra s'exiler, chercher une autre source
De nourriture ailleurs où pouvoir s'allaiter.
Ou dans les joncs touffus de l'apaisante rive,
Accepter la défaite et se laisser mourir
Près de ce fleuve qui, de sa force native,
Fut de tout temps le lieu pour jouer et grandir.