Les arbres et les fleurs, les plantes, les arbustes Puisent confusément dans le sol nourricier, Afin de s’élever et devenir robustes, Les éléments vitaux à leur travail foncier.
Mais ces sels minéraux, cette manne propice Que transforme à profit leur interne alambic, Ils les doivent beaucoup - rendons cette justice - A un être discret : Le ténébreux lombric.
Quand tous les végétaux infiltrent la matière De l’humus putrescent, cherchant leur aliment, Lui, rampant et creusant, fouillant cette litière, A partir de déchets, produit le gisement.
Comme l’auteur obscur d’un épais dictionnaire Qui prépare les mots en les définissants Pour qu’un poète crée une oeuvre imaginaire Et en tire un succès parfois retentissant,
C’est un pauvre forçat, un travailleur de l’ombre, Un sans grade oublié dont ingrat est le sort, Un soldat inconnu arpenteur de décombre Qui malaxe la boue et qui en fait de l’or.
Comment pourrait-il être amoureux d’une étoile, Lui qui est sans égard perçu comme un vaurien, Lui l’humble tunnelier dont la cécité voile A ses sens la beauté de l’espace aérien ?
Non, il ne peut pas voir les oeuvres qu’il engendre Par son activité d’intense laboureur Mais c’est quand même un peu par lui si, de ses cendres, Renaît le végétal dans toute sa splendeur.
La formule du titre vient du livre de Jon Kalman Stefansson : Ton absence n’est que ténèbres