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Renaud BOSC

Le grand troupeau

Les hommes, pour beaucoup, ont une humeur grégaire;
On peut les qualifier si peu d’indépendants !
Les tournures d’esprit ne les séduisent guère
Pas plus qu’au débotté les enjeux trépidents.

Ils sont tels des moutons proches les uns des autres,
Groupés au coude à coude en un troupeau bêlant
Qui, avec complaisance et ensemble, se vautrent
Dans la facilité et le mode indolent.

Des semblables pourtant parfois leur font l’article
De pays singuliers au décor enchanteur
Qui pourraient les sortir pour un moment du cycle
Où ils sont enfermés et privés de hauteur.

Ceux-là ont beau vanter les plantes odorantes
Qui embaument ces lieux d’un bouquet arcadien
Et offrent à goûter des saveurs différentes
Du maigre picotin qui fait leur quotidien.

Ils font la sourde oreille à ces claires cantates,
Se moquant des rêveurs qui les tiennent pour eux
Et préfèrent rester campés dans leurs pénates
Loin des vallons fleuris et des prés généreux.

Ils écoutent plutôt les dires d’un prophète
Beau parleur séduisant qu’ils nomment leur berger,
Lequel maîtrise l’art d’imprimer dans leur tête
Des craques dont ils sont prompts à se goberger.

Ce berger sourcilleux qui, en toute bassesse,
Ne les laisse jamais sortir du même champ
Où ils sont tout le jour à remâcher sans cesse
Le même étique foin qu’ils trouvent alléchant.

Ce berger ténébreux et mauvais camarade
Qui les tient ignorants pour mieux les exploiter
Et qui n’hésite pas à la moindre incartade
A détacher sur eux ses chiens pour les mater.