Les hommes, pour beaucoup, ont une humeur grégaire; On peut les qualifier si peu d’indépendants ! Les tournures d’esprit ne les séduisent guère Pas plus qu’au débotté les enjeux trépidents.
Ils sont tels des moutons proches les uns des autres, Groupés au coude à coude en un troupeau bêlant Qui, avec complaisance et ensemble, se vautrent Dans la facilité et le mode indolent.
Des semblables pourtant parfois leur font l’article De pays singuliers au décor enchanteur Qui pourraient les sortir pour un moment du cycle Où ils sont enfermés et privés de hauteur.
Ceux-là ont beau vanter les plantes odorantes Qui embaument ces lieux d’un bouquet arcadien Et offrent à goûter des saveurs différentes Du maigre picotin qui fait leur quotidien.
Ils font la sourde oreille à ces claires cantates, Se moquant des rêveurs qui les tiennent pour eux Et préfèrent rester campés dans leurs pénates Loin des vallons fleuris et des prés généreux.
Ils écoutent plutôt les dires d’un prophète Beau parleur séduisant qu’ils nomment leur berger, Lequel maîtrise l’art d’imprimer dans leur tête Des craques dont ils sont prompts à se goberger.
Ce berger sourcilleux qui, en toute bassesse, Ne les laisse jamais sortir du même champ Où ils sont tout le jour à remâcher sans cesse Le même étique foin qu’ils trouvent alléchant.
Ce berger ténébreux et mauvais camarade Qui les tient ignorants pour mieux les exploiter Et qui n’hésite pas à la moindre incartade A détacher sur eux ses chiens pour les mater.