Le Nez en l’air
Il est né en l’air, l’air de rien, cet air qui court
Les terres et les dévers, il suit les courants d’air.
Toujours à découvert, dévoilant son parcours.
S’étirant dans les vers, en détente en concert.
Aux réverbères allumés il fait danser,
Dévergondant les habitants des presbytères.
Et la caisse claire fait au temps mesuré,
Claquer ses rythmes endiablés dans l’atmosphère.
Puis la pluie bondit dans les gouttières et timbre,
Cet air qui vrille dans les ruelles austères
Il revitalise les voix par le sisymbre.
Qui vont et viennent par les toits et les verrières.
Dans son caractère primaire, il enfle, siffle :
Les pierrots affûtent ses aiguës dans les lierres ;
Le merle, de quelques battements d’ailes, gifle
La brise et lui fait écho de son appel clair.
Sous les mers, des cétacés malmenés en veinent
De cet air rare, chantent ; là est l’art de plaire.
Elles enchantent les fonds marins ces baleines ;
Ces sirènes lointaines aux allures fières.
Au-delà des lacs et des clairières, abondent
D’autres êtres qui se repaissent de cet air :
Le cerf et la rainette en font vibrer les ondes ;
L’effraie et le pivert en sont des partenaires.
Il sert ses notes, ses croches et doubles croches
A tous les vents, chahutées comme des poussières.
Emportées sur les cornières, elles ricochent
Et parviennent jusqu’aux âmes les plus amères.
Il raisonne dans ma chair et dicte à mon cœur.
La chanson de Prévert, la chanson des trouvères
Qui fait oublier les monotones langueurs.
Jadis éplorées par des violons mortifères.
Il est l’air à écouter pour laisser les ombres
Se dissimuler dans les plis crépusculaires.
Lorsque le monde s’enfonce dans la pénombre
Quand la nuit tombe et anime ses univers.
Sous couvert d’une partition élaborée,
Il émeut les sens qu’il magnifie et libère,
D’un carcan étroit, les esprits arraisonnés
Pour les saturer de ses bienfaits ordinaires.
Comme par un mystère, entêtant qu’il se veut,
Il s’essaime dans tous les coins de l’hémisphère.
Ses ritournelle et ostinato en cent lieux
Vont transmettre partout ses arpèges solaires.
Son harmonie légère pulsée des pulsars,
Parade quantique en pendulaire lunaire.
Dispose aux paupières le repère d’un phare
Inondant de son, nos insatiables chimères.
C’est le rythme de la vie, cet air entêtant.
Cadencé sur un métronome calendaire,
Son refrain revient : rengaine jouée par l’Autan.
Tempérant l’inexorable instant séculaire.
Dans nos artères, il s’invite et tambourine
Pour un tempo du myocarde et des coronaires
Il est l’air insufflé qui inspire en sourdine
Nos âmes préparées à l’éternel éther.
Janvier 2022