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Pierre-Emmanuel ARCHEREAU

La Vague

Elle déferle, elle divague,
Elle s’émousse, elle s’arrondit,
Elle transite au gré des alizées.
Sans retour elle court les océans.

Elle grandit sous l’emprise des vents hurlants.
Elle s’arrache à son ventre et sombre en grondant.
Elle s’élève des profondeurs et s’impose
En bâtisse ou en cathédrale scélérate.

Les courants la portent aux mondes abyssaux,
Des atolls essaimés aux falaises tragiques.
Elle enfle à sa base et se déploie en rouleaux,
Pour finir vautrée dans une brasse d’écume
Et vient mourir sur des grèves de sables fins.

Elle bondit, se superpose à sa voisine
Et dans un jeu chaotique, elles s’additionnent.
Elle se jette sur des récifs aiguisés.
A l’approche des écueils, elle s’amplifie
Et en paquets luminescents, elle bastonne,
Se disloque en vrac, projetant son énergie.

En enfilade, elles érodent, elles sapent.
Elle travaille ainsi, depuis des millénaires.
Avec ses lames effilées, elle cisèle
Les continents et le ressac creuse les côtes.
La vague tempête et contraste au calme plat.

Elle s’attèle à transformer le littoral.
Sa courbure irisée sous le soleil couchant,
Combinent un effet cristallin dynamique
Avec un clair-obscur aux pastels vert grenat.

Elle et ses consœurs s’invitent dans un dédale
Brouillon, s’agitant davantage sous un grain.
C’est elle au loin parmi les moutons qui tressautent.
C’est dans tout ce méli-mélo qu’on l’a devine.

Elle arrive et en pleine vitesse elle implose,
Se déversant en inondant phare et jetée.
On la voit assiéger des îlots désertiques
Des siècles durant, jamais elle n’abandonne,
Intarissable sur ses fréquentes saisons.

Douce et légère, elle s’étire vers le ciel.
Lourde et puissante, elle se fracasse et tabasse !
C’est sur sa crête que prend appel la frégate
Qui trouve son élan pour planer sur les flots.

La vague dissout toutes les marques, laissées
Aux marées, dispersées par la faune autochtone.
Elle passe et repasse en effaçant les traces
Qui disparaissent sous son passage et fusionnent,
Dans ses eaux vivifiantes et intemporelles.

Sa lèvre fatale s’enroule sur un tube,
D’où s’envolent des embruns iodés que je hume
Air frais ; véritable incarnation des succubes.
Onde majestueuse déroulant ses gemmes,
Vague azuréenne ; tableau brodé d’eau vive ;
Embardée d’albâtre qui marquent son sillage.

Son va et vient sans fin modèles les rivages.
Le flux et le reflux la soulève et la sème.
Ses chutes cadencées soufflent un bruit de fond.
Un son fossile qui provient d’instants primaires.
Ce murmure continuel berce et ravive.
Dérive singulière de mon vague à l’âme.

Elle présente un ton et lumière perpétuel
Et ne cesse pas d’en finir, voilà son drame !
Seul le sentiment océanique s’en mêle,
Dans sa mécanique immuable et fascinante.

Reste d’elle, une trainée qui s’étale en nappe
Blanche, parsemée d’œillets oblongs qui s’enfuient
Vers le large à des encablures bouillonnantes.

décembre 2025