Évasion
Il est un espace intemporel où je plane
Quand le temps m’échappe et que la vie s’accélère.
Je m’y love très souvent pour sentir mon sang.
Les couleurs sont chaleureuses et l’infini
Bluffant, s’infuse dans tous les os de mon crâne.
Les murs s’évaporent dans des puits de lumière,
La fenêtre exsangue est toujours ouverte aux chants
Qui viennent se désaltérer sur mes tapis.
J’ai les méninges connectées aux caténaires
D’un dévidoir remplit de Lune et de Soleil.
L’hiver s’installe en plein été, à l’apéro
Je n’ai même pas le temps d’enfiler des moufles.
Mon escalier monumental est réfractaire
Au ciel de traine et au commerce du sommeil.
Et dans l’âtre, toute ma jeunesse en morceaux
S’évente, éparpillée au souvenir d’un souffle.
Heureusement, ma porte à courant d’air s’agite
Quand le corridor fait l’inventaire des fables
Prisonnières, de mon hippocampe grippé
Par la résurgence, des rappels à l’amour.
Soudain, la véranda en catastrophe, quitte
Le plein sud bien installé sur un lit de sable.
La persienne rompt avec le store zippé
Qui est fatigué par tous ces allers-retours.
J’excave alors, sans modération, mes photos
Qui tracent le chemin de mon jardin à thèmes.
Les racines et les champignons sont mes bottes
Que je chausse avec plaisir et sans illusion :
Espace alloué au monde évincé de ses maux,
Qui tapissent mes plafonds résignés et blêmes.
Sous le saule-pleureur un concerto de glottes
Qui s’émerveillent, au printemps, sans partition.
Au vestibule, sonne l’heure des fantômes.
Je les appâte au blanc de blanc millésimé
C’est sans confesse ! La nourrice à de la cuisse !
Pris dans les mottes de marbre du péristyle,
Un flash imbibé d’un foisonnement d’arômes,
Dévoile une opulence d’harmonies grimées.
Étalage de phéromones en supplice ;
Un banquet de flaveurs étendues sur un grill.
Des nymphes mauresques dansent dans mes salons.
Elles badigeonnent leurs seins sur les miroirs.
Leurs voiles suspendues flirtent avec mon songe.
J’en ai plein les mirettes et ma peau s’échauffe.
Viennent les furies qui assiègent le perron.
Elles s’invitent, pour combler le désespoir.
Elles transpirent aux contreforts leurs mensonges.
La lune rousse ramasse mon bois de chauffe,
J’en suis fort aise et je la convie à ma mort.
Le piano aux fourneaux, s’invente un récital.
Il envie son cousin à queue, qui joue sans cesse
Des mélodies rythmées dans mon séjour festif.
Des couloirs sinueux, il y en a pléthore
Qui se ramifient autour de mon toit bancal.
Ils me font faire le tour du monde, sans stress.
Au coin d’un mur, j’y croise un Bororos chétif.
Il veut m’apprendre à voler avec les toucans.
Une bande de mômes Batek Negrito
Dévale de la mansarde, pour m’embarquer
Dans la joie des jeux d’eau qui n’en finissent pas.
Quand l’absolu est à la portée des enfants,
Quand la réalité est montée en réseaux,
Parce qu’il faut de l’aube à la nuit s’enivrer,
J’ouvre des univers fermés à l’entre-soi.
Février 2026