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Michel VALAT

L'HOMME QUI INVENTA DIEU

L’HOMME QUI INVENTA DIEU



Il s’était réfugié dans une grotte obscure,
Pour reposer son corps et panser ses blessures,
Après avoir marché vingt-cinq jours, vingt-cinq nuits,
Il était parvenu aux confins de l’oubli.
Son âme tourmentée savait sa fin prochaine
Et des bêtes affamées, être la proie certaine.
Il s’est alors blotti dans la moite caverne,
L’œil bien aux aguets malgré la sombreur terne.
Des larmes d’affliction ont brouillé son regard,
L’immense conquérant n’était plus qu’un fuyard.
Il avait déserté la sylve nourricière,
Pourchassé par les siens, là-bas, dans la clairière.
Proscrit sans compassion comme un vieillard sénile,
Malgré ses doléances, il fallut qu’il s’exile,
Pour gagner des contrées où le soir tomberait
Sans qu’il eût à subir d’autres indignités.
On l’avait humilié, malmené et battu,
Piétiné le visage de toutes ses statues,
Il n’était plus qu’un gueux, affamé, solitaire,
Un vieux loup ravagé, épuisé, grabataire.
Il avait tout conquis, des grèves de l’Aar,
Aux rives du Bosphore et jusqu’à Gibraltar,
Chassé tant de bisons, idolâtré l’ours brun,
Façonné des outils, inhumé ses défunts,
Pour finir esseulé, sans rêve ni chimère,
Se mourir doucement dans un trou de misère.
Il tenta vainement de se mettre debout ;
Accablé, épuisé, il tomba à genoux,
Sans comprendre comment, il se mit à prier
Que la mort le prît vite, dans son obscurité.
Il écarta les bras, les leva vers les cieux...
Cet homme prodigieux venait d’inventer Dieu.