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Michel VALAT

LA MENDIANTE

LA MENDIANTE



L’hiver était tombé comme une pluie glaciale.
Dans la rue balayée par la bise acérée,
Je la voyais faiblir sous le poids des rafales,
Pauvre oisillon défait, ramas de la nichée.

Ses maigres oripeaux, en loques répandues,
Traînent dans le ruisseau leur longue solitude.
Son âme, toute entière dans son regard vaincu,
Dans un cri de silence, hurle sa lassitude.

Elle s’assoit, haletante, sur un coin de trottoir,
Tend, de son bras terreux, un vieux bonnet mité,
Enserrant en ses hardes, avec son désespoir,
Le modeste pécule patiemment amassé.

Les passants frissonnants ont ignoré l’intruse,
Ils sont rentrés chez eux, préparer le repas.
Ils n’ont même pas vu, aux yeux de la recluse,
Perler tout doucement les ombres du trépas.

Je me suis approché de ce chétif moineau,
Quelques sous à la main pour verser mon obole,
Elle ne m’a pas souri, ni donné son chapeau,
Pour me remercier, pas de douce parole.

Je me penchai un peu sur cette pauvre enfant :
Nul souffle n’affleurait les replis de son voile,
Elle souriait, paisible, aux vapeurs du couchant,
Des pièces à ses pieds, le cœur dans les étoiles.