Fin, ténu, menu mais tenace, Le fil s'affermit dans l'espace, Dans l'espace du temps qui passe Sans que jamais rien ne se lasse Sans que jamais rien ne s'efface.
Souple et doux, le fil n'en peut plus De s'étirer ainsi tout nu Dans ce qui reste du vécu, Dans la nudité du vêtu Dans la pureté de sa mue
Doucement il devient très fort, Plus sûr aussi , comme un accord Plaqué sur le piano qui dort Du lit qui lui sert de décor;
Car le temps a ses fantaisies, Il va, il vient , il s'enhardit, Puis s'allonge et s'arrête aussi Selon les vents, selon la vie, Selon les rêves et les folies.
Il court , et moi, les yeux fermés, Je vois les grains du sablier Qui coulent vers la mer nacrée, Avec tant de sincérité Que le fil d'or ne peut casser.
Cela me touche et je sens bien Qu'il est solide entre mes mains, Le temps s'en va, le temps s'en vient, Mais il revient comme à dessein Me rappeler à mon destin.