Il est assis sous le tilleul Les mains posées sur ses genoux Il est assis mais il est seul Le silence est au rendez-vous C’est mon grand-père c’est mon aïeul A quoi pense-t-il aujourd’hui ? A toutes les pièces du puzzle Qui ont peuplé sa longue vie ? Ici plus personne ne vient Sur le banc près de lui s’asseoir Parler de ces tous petits riens Avant que ne tombe le soir Lui il est né sur cette terre Mais et il ne l’a jamais quittée Contrairement à tous ses frères Qui à la ville s’en sont allés Il se souvient des soirs d’été Et des repas que l’on partage Sous les treilles de l’amitié Avec tous les gens du village Des vendanges quand il dansait De toutes ces soirées heureuses Les mazurkas et les bourrées Dans les bras de belles danseuses Le toit de la grange est percé Mais tout ça n’a pas d’importance On ne rentrera plus le blé Comme au bon temps de l’abondance Le vieux mulet au doux poil gris Ne laboure plus depuis longtemps Et quand il sort de l’écurie Il se promène librement Sous le tilleul il est assis Il pense à sa femme Amélie À la compagne de sa vie Qui est partie bien avant lui Les sillons de ses souvenirs Vont se graver sur l’horizon Son ciel n’a plus d’avenir Derrière les rides de son front C’est mon grand-père c’est mon aïeul Il est assis mais il est seul Et les creux de ses mains caleuses Racontent sa vie laborieuse