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Jacques HOSOTTE

Les 3OO ans du château de Tichey

La sagesse :

Il était une fois en terre de Bourgogne
Un bourg où des humains sans vive vergogne,
S’écharpaient au sujet d’un simili château,
Chacun défendant son Tichey, sous son drapeau.

Propriétaire romain :

On m’appelle Caïus Augustus Tychéus,
Sénateur romain attaché à tous nos us.
Qu’avez-vous fait de ma villa du Haut Empire,
Qui avait tout en son sein pour tant nous séduire :
Une domus, des thermes et un très beau jardin ?

Claude Noirot :

Autres temps, autres mœurs, mon très cher paladin.
Il fallait à ce bourg une belle demeure,
Inscrite dans son temps et que la grâce effleure.
Avec des communs, je la voulais noble, intime,
Pied-à-terre, au cœur de mes domaines éponymes.

Propriétaire romain :

Mais où est dans tout cela la grandeur de Rome ?

Claude Noirot :

Il me fallait assoir mon désir de bonhomme,
A prétendre vite à la noblesse de robe.

Propriétaire romain :

Devant l’orgueil, ta quête du beau se dérobe.

Nicolas Célestin Maurice Guye :

Oh, mes très chers et illustres prédécesseurs,
De ce château je suis devenu l’acquéreur,
Et croyez-moi vraiment, après votre passage,
Notre demeure a connu bien d’autres hommages :
Un chalet, embelli de son balcon alpin,
Les huisseries des fenêtres, les plantations du jardin.

Propriétaire romain :

Embellie, embellie, par un chalet vilain !
« Si tu es à Rome, vis comme les Romains » !

Nicolas Célestin Maurice Guye :

Nous avons accepté cette demeure ainsi,
Pour en faire notre lieu principal de vie.
Y vivre dans la déférence aux conventions,
Au milieu de notre nature, en communion.

Monique Roussel :

Oh oui ! En communion, au sein de notre famille,
Pour faire vibrer les souvenirs en joyeux drilles.

Jacques Marchal :

C’est toi Monique, qui nous parle de joyeux drilles.
Alors me voici ! Ouvrez bien vos écoutilles,
Je vais vous parler d’une œuvre phénoménale
Qui marqua pendant treize ans les esprits de façon magistrale !
En l’an de grâce mille neuf cent quarante-neuf,
Fut donné à notre Tichey l’aspect du neuf,
Celui du compte commun unissant les clans
Sans qu’aucun ne demeure à l’écart comme un gland.

Nicolas Célestin Maurice Guye :

Mais qu’est donc que ce compte commun qui m’est inconnu,
Qui semble avoir un caractère très farfelu !

Jacques Marchal :

Peu d’or et moult gueule, telle était la devise
De cette noble société si bien conquise.
Nous avions un service brodé à nos couleurs
Que ma tendre mère avait tissé avec ardeur.
Nous étions plus qu’une somme de tribus.
Nous étions une famille, unie, à l’affût
De la redécouverte des charmes de l’enfance.
A la tête de notre gent régnait, avec clairvoyance,
Une maitresse femme, jamais médisante,
Mais toujours régnante sur la ruche bouillonnante.
Marthe organisait toutes les actions domestiques,
Et offrait aux enfants des gâteaux oniriques
Pendant que le colonel racontait mille anecdotes
Qui, aux malheurs du moment, servaient d’antidotes.



Monique Roussel :

Jacques, tu ne dis rien de nos journées champêtres.
Chaque matin inspirait les tréfonds de notre être,
Vers une enfance retrouvée auprès de nos aïeux,
Vers de nouvelles aventures avec nos bottes de sept lieux,
A la conquête d’un paysage campagnard,
A la découverte d’une guinguette, tout à fait par hasard.
Et nos baignades à la plage du Châtelet
Qui donnaient à nos jours un exotisme rondelet.

Jacques Marchal :

Oui, Monique, mais comment oublier le jour du couscous,
Annoncé après moult supplications dans notre cambrousse :
« Marthe, un couscous, un couscous » résonnait dans la maisonnée.
Par l’état de manque, nos avions beaux être sonnés,
Le grand jour arrivait avec son mouton, ses poulets,
Ses légumes, ses épices, aux odeurs enivrantes, dans le chalet.
Les enfants mythifiaient le rite du couscous
Qu’ils épiaient depuis leurs chambres, sans frousse,
Certains allant jusqu’à agrémenter d’un jet odorant
Les plats fumants, qui dans la salle à manger, étaient entrants.

Propriétaire romain :

J’aime, j’aime, tout cela ressemble à nos Bacchanales.
Je comprends que tout cela reste dans vos annales !
Enchantez-moi encore avec vos guindailles !

Jacques Marchal :

Arrivait alors le grand jour des victuailles,
Après le cérémonial du soulèvement de la graine,
Après le bouillonnement des casseroles chantant leurs antiennes,
Après l’intervention de Najim, le cuisinier marocain,
Qui gouvernait le feu des plats, tel le dieu Vulcain !
Les senteurs du couscous prenaient d’assaut tous les espaces,
Allant jusqu’à réveiller les dormeurs, les rapprochant du bel espace.
Il fallait jusqu’à deux tablées pour de tels agapes,
Pour vingt adultes et vingt enfants que le bonheur happe.

Monique Roussel :

Si nous faisions de ces festins bande à part,
Nous ne pouvions en rester à l’écart,
Tant ces fêtes faisaient revivre les ors de la tradition Guye
Pour lesquelles nous aurions tous danser la danse de Saint Guy.

Mon beau château, de toi je reçois des caresses.
Comme, auprès de toi, j’aime vraiment demeurer.
Tes murs soyeux sont là pour me réconforter.
De ta belle histoire, je suis pétri de liesse.

Ma flamme pour toi tient, de mes émois, sa hardiesse.
Dans le silence de l’âme, elle peut se poser,
Mais dans le chant des souvenirs, elle va rester,
Entière, permanente et pleine de promesses.

De toi, jour après jour, je demeure assoiffé.
De toutes tes pierres, je suis étoffé.
Avec toi, j’ai la fureur de tout accomplir.

Dans les joies, les peines, tu es notre destin,
Celui de faire vivre mon âme, en beau lutin,
Sur les chemins heureux d’un très bel avenir.

Propriétaire romain :

Je comprends que vous avez le sens de la famille
Cela vaut bien un pardon même si encore ce château me titille.

Nicolas Célestin Maurice Guye :

Ma petite fillotte, que d’amour pour notre demeure
Qui a connu, à nouveau, de très riches heures.
Mes chers descendants, recevez ma bénédiction
De la grâce de l’esprit de famille, recevez l’onction.

La sagesse :

Que sont les pierres sans l’âme d’une maison ?
Les souvenirs fleuris leur font une oraison.
Ils dorment dans nos mémoires avec candeur
Ils sont chuchotés avec force dans nos cœurs.
Ils sont les bouquets du grand feu des émotions,
Boussoles des joies, des peines et des sanglots.

Se lamenter ne fait que nous rendre chafouin.
Boute, boute, boute les chagrins.
Des joies familiales, traçons le chemin.

Qui veut chasser de nos souffrances la migraine
N’a qu’à de Bourgogne boire du bon,
Et nous offrir en sa maison sa table pleine
De mets savoureux produits de mille façons.



Se lamenter ne fait que nous rendre chafouin.
Boute, boute, boute les chagrins.
Des joies familiales, traçons le chemin.

Fêtons, buvons, chantons la famille.
Que les pierres demeurent ou vacillent.
Que nos âmes et nos souvenirs demeurent
Et que jamais l’esprit de famille ne meure !

Se lamenter ne fait que nous rendre chafouin.
Boute, boute, boute les chagrins.
Des joies familiales, traçons le chemin.