J'ai suivi le sentier qu'avaient foulé les morts, Sous les chênes penchés comme de sombres ports ; Leurs racines, noueuses aux flancs des vieilles terres, Soulevaient sous mes pas la poussière des guerres.
Le vent parlait encor dans les rameaux plaintifs, Comme il parle à la nuit des siècles fugitifs ; La mousse s'étendait sur les pierres lassées. Le suaire attendri des années effacées.
J'entendais dans le soir des murmures épars, Des serments consumés, des rires mis à part ; Leurs échos s'enroulaient aux brumes du vallon, Tel un chant qui revient des confins des saisons.
Les vergers assombris, les chaumes solitaires, Gardaient dans leur silence une ombre héréditaire ; Celle de ceux qu'a pris le grand fleuve des jours, Et qui vivent pourtant au détour des parcours.
Le soleil descendait sur les collines fauves, Où montaient lentement les fumées des alcôves ; Et je croyais revoir, dans l'odeur des foyers, Les visages éteints que le temps a voilés.
Car rien ne meurt vraiment sous les cieux de campagne ; La mémoire est la source où chaque absence gagne ; Et le vent, vieux gardien des destins révolus, Veille encore en secret sur ceux qui ne sont plus.
Ainsi marche mon âme au sentier des aïeux, Entre le deuil des morts et l'or silencieux Des étoiles ouvrant leur corolle légère Sur leurs rêves dormants et leur humble lumière.