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Guillaume BRODZKI

Au milieu de nulle part

…UBI ET ORBI

Chère Vieille Europe
Le vent porte tes gémissements
Depuis l’estrade qui a vu
Couler le dernier sang

Les rois regagnent leur tombe
Trahis par ceux qu’ils ont nourris
Après avoir saigné des rivières
De leur chair putréfiée

La blanche amertume
Du poids de la pensée
Posé sur l'enclume
Du souvenir ensablé

Étoile passagère
Il y aura toujours
Une main tendue
Le doigt mouillé

Coule
Le venin sanguinolent
Le long
De ses cuisses ouvertes
Tandis
Qu'elle boit ses paroles

En cascade
Elle pleure
Les étoiles de la nuit
En un éclair figeant
Le vide du temps

Un brin d'herbe haute
Ravive un doux souvenir
Son parfum suave

Il y a dans le chaos
La douce renaissance
Sensation de déjà-vu

Le diable sur les continents
Ses chiens noirs sans laisse
Affamés de sang et de vies

Les enfants lunaires
Sortent des cavernes
Vers la nouvelle terre

Toc à la porte clouée
Toc
Toc sans s'annoncer
Toc
Ici plus de passeport
Ici
Ici sang plus d'identité
Toc
Juste du temps
Juste
Juste une pièce
Simplement
Simplement le marbre
Simplement

Ce cri de la plume
Sur les lignes parallèles
Des tomes de la vie
Des mots pêle-mêle
Les lettres s'entrechoquent
Et se livrent au temps

Et si...
Et si nous fondions
Sans se retourner
Comme un sucre
Sur une cuillère

Comment parler
Un chat dans la gorge
Lorsqu’elle devient
Une chatte sur la langue
Le poil hérissé
Les babines baveuses
Un dessert juteux
Sur un morceau de choix

Puis-je chuchoter
Son nom
Les yeux
Grand fermés

Je suis parti
Si
Près d’elle
Que
L'écho siffle
Encore
Sur la colline

Silencieuse
La nuit crie le nom
Des enfants du jour

À la croisée des chemins
Aimer la rosée du matin
Elle arrive ici
Contempler toute la nuit
Brûle les flocons
Noircis de sang
Au pays
Du coton et du bourbon
Nous scellerons
La feuille du jour

Écrasée par le poids du vide
Elle crache la douleur
De l'illusion
En avalant le cœur d'une onde
Sur la pierre damnée
Du sacrifice

Parfois je peux visionner
Étranger
L'image de mon esprit
Vaciller
Se déchirer
Sombrer dans le néant
Puis de renaître éclairé
Baigné
Innocenté
Alors je vois l'étendue
D'une soif de réponses

Les murs
Les pages
Les vers
Si friands
– Toutes les âmes que j'aime
À entendre au champ d'émoi

Lentement la lumière se tamise
Les ombres du mur se mettent
À s'agiter tels des anges armés

Nous pouvons presque frôler
Leurs ailes de velours et saisir
Les lances perçant l'adversaire

L'éblouissement fige le temps
À la lueur d'une mèche de cire
Et fait fondre la paroi du rêve

Dès lors la jarre verse à la rosée
Le vin dans des verres princiers
La couronne s'incline vers le sol

J'ouvre le livre
L'encre se met
À prier
À pleurer
Des larmes de sang
La lettre convulse
Cet instant
Où j'entends
Les mots de l'agonie

Je guette l'ombre
Dans les ténèbres
Qui portera
La lumière

Sous terre
Une vie grouillante
Capte l'engrais
Du Cadavre

Je pars près de toi
Je pars au lointain
Je pars vers la folie
Je pars
Je pars à cloche-pied
Je reste

Je passais d'une rive à l'autre
Le Diable
À son côté
La lumière

Que restera-t-il
Du marbre
De ma tombe
Lorsque les herbes hautes
Recouvriront les veines
Quand s'effacera le nom ancien

Il faudrait que l'on se filme
Une histoire à l'envers
Il faudra que l'on se couche
Sur un tas de primevères
Au bord d'une rivière coule
Le poids de l'océan

Perdu dans un trou d'air
Sans se soucier du néant
J'ai goûté sur sa bouche
Une cuillère de miel
Elle a senti sur mon cuir
Quelque chose de cruel

Cette caresse
Sur ma peau
Brûle le sang
Et assouvie
La plume
Que j'offre
À son visage

Le temps est un ami
Je cours à sa suite
Le sentiment de se sentir
Résolument fatigué
Et de se voir disparaître
L'horloge à la main

J'ai vu dans notre rêve
Que nous mourrions
Toute la rue
Avala longuement l'ombre
Et le cœur battant
Une pierre dans l'eau
Brise un miroir gelé
Alors j'ai vu
De toi à moi
Que nous glissions

Sur des champs de ruines
Jeter un dé et passer
À la cime du monde
Écouter le vent qui monte

J'entends une voix au loin
J'entends la complainte
Les temps nouveaux
Et le sang noirci qui gronde

Mille soleils
Dans la blancheur
De mes yeux
Froids
Vitreux
Il y a la vie ailleurs
À la frontière d'ici-bas
Au purgatoire

Le vent souffle sur les braises
De la montagne du silence
Notre douce Terre Sainte