Chère Vieille Europe Le vent porte tes gémissements Depuis l’estrade qui a vu Couler le dernier sang
Les rois regagnent leur tombe Trahis par ceux qu’ils ont nourris Après avoir saigné des rivières De leur chair putréfiée
La blanche amertume Du poids de la pensée Posé sur l'enclume Du souvenir ensablé
Étoile passagère Il y aura toujours Une main tendue Le doigt mouillé
Coule Le venin sanguinolent Le long De ses cuisses ouvertes Tandis Qu'elle boit ses paroles
En cascade Elle pleure Les étoiles de la nuit En un éclair figeant Le vide du temps
Un brin d'herbe haute Ravive un doux souvenir Son parfum suave
Il y a dans le chaos La douce renaissance Sensation de déjà-vu
Le diable sur les continents Ses chiens noirs sans laisse Affamés de sang et de vies
Les enfants lunaires Sortent des cavernes Vers la nouvelle terre
Toc à la porte clouée Toc Toc sans s'annoncer Toc Ici plus de passeport Ici Ici sang plus d'identité Toc Juste du temps Juste Juste une pièce Simplement Simplement le marbre Simplement
Ce cri de la plume Sur les lignes parallèles Des tomes de la vie Des mots pêle-mêle Les lettres s'entrechoquent Et se livrent au temps
Et si... Et si nous fondions Sans se retourner Comme un sucre Sur une cuillère
Comment parler Un chat dans la gorge Lorsqu’elle devient Une chatte sur la langue Le poil hérissé Les babines baveuses Un dessert juteux Sur un morceau de choix
Puis-je chuchoter Son nom Les yeux Grand fermés
Je suis parti Si Près d’elle Que L'écho siffle Encore Sur la colline
Silencieuse La nuit crie le nom Des enfants du jour
À la croisée des chemins Aimer la rosée du matin Elle arrive ici Contempler toute la nuit Brûle les flocons Noircis de sang Au pays Du coton et du bourbon Nous scellerons La feuille du jour
Écrasée par le poids du vide Elle crache la douleur De l'illusion En avalant le cœur d'une onde Sur la pierre damnée Du sacrifice
Parfois je peux visionner Étranger L'image de mon esprit Vaciller Se déchirer Sombrer dans le néant Puis de renaître éclairé Baigné Innocenté Alors je vois l'étendue D'une soif de réponses
Les murs Les pages Les vers Si friands – Toutes les âmes que j'aime À entendre au champ d'émoi
Lentement la lumière se tamise Les ombres du mur se mettent À s'agiter tels des anges armés
Nous pouvons presque frôler Leurs ailes de velours et saisir Les lances perçant l'adversaire
L'éblouissement fige le temps À la lueur d'une mèche de cire Et fait fondre la paroi du rêve
Dès lors la jarre verse à la rosée Le vin dans des verres princiers La couronne s'incline vers le sol
J'ouvre le livre L'encre se met À prier À pleurer Des larmes de sang La lettre convulse Cet instant Où j'entends Les mots de l'agonie
Je guette l'ombre Dans les ténèbres Qui portera La lumière
Sous terre Une vie grouillante Capte l'engrais Du Cadavre
Je pars près de toi Je pars au lointain Je pars vers la folie Je pars Je pars à cloche-pied Je reste
Je passais d'une rive à l'autre Le Diable À son côté La lumière
Que restera-t-il Du marbre De ma tombe Lorsque les herbes hautes Recouvriront les veines Quand s'effacera le nom ancien
Il faudrait que l'on se filme Une histoire à l'envers Il faudra que l'on se couche Sur un tas de primevères Au bord d'une rivière coule Le poids de l'océan
Perdu dans un trou d'air Sans se soucier du néant J'ai goûté sur sa bouche Une cuillère de miel Elle a senti sur mon cuir Quelque chose de cruel
Cette caresse Sur ma peau Brûle le sang Et assouvie La plume Que j'offre À son visage
Le temps est un ami Je cours à sa suite Le sentiment de se sentir Résolument fatigué Et de se voir disparaître L'horloge à la main
J'ai vu dans notre rêve Que nous mourrions Toute la rue Avala longuement l'ombre Et le cœur battant Une pierre dans l'eau Brise un miroir gelé Alors j'ai vu De toi à moi Que nous glissions
Sur des champs de ruines Jeter un dé et passer À la cime du monde Écouter le vent qui monte
J'entends une voix au loin J'entends la complainte Les temps nouveaux Et le sang noirci qui gronde
Mille soleils Dans la blancheur De mes yeux Froids Vitreux Il y a la vie ailleurs À la frontière d'ici-bas Au purgatoire
Le vent souffle sur les braises De la montagne du silence Notre douce Terre Sainte