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Guillaume Apollineige

Médecine, j’écris ton nom

Sur le départ de mon village à 17 ans,
Sur la fuite de mon adolescence, trébuchant
Sur ce sacrifice à l’allure de marathon
J’écris ton nom

Sur cette victoire et réussite de ma PACES,
Sur l’été qui en a suivi, début d’ivresse
Sur la poursuite en blouse de la quête de moi même
Sur la découverte d’un hôpital en ruines, blême
J’écris ton nom

Sur ces lèvres embrassées, ces instants de voluptés
Sur Rabelais et mon chapeau estudiantin
Sur ces rires, ces bières, ces corps, ces fêtes, ces festins
Sur cette parenthèse et ces vacances enchantées
J’écris ton nom

Sur le rouge et le noir, soleil sur la prairie
Sur ce début d’externat, le ciel s’assombrit
Sur ce rythme infernal, ces apnées sans sommeil
Sur mes premiers plâtres , mes premières taches vermeils
J’écris ton nom

Sur cette pandémie révélant les fissures,
Sur ces gardes en unité sans demi-mesure,
Sur la lente agonie de l’hôpital public
Sur ces cours en distanciel, zoom et puis tu cliques
J’écris ton nom

Sur ces bières à l’Elexito, ces quinitos
Sur ces collèges sans fin, source de tout maux
Sur ces césariennes, source de vie et de mort
Sur la sacrée recherche de la voie d’abord
J’écris ton nom

Sur mon futur sans certitude, blouse moins blanche
Sur ce prochain concours, plutôt Creuse ou Manche ?
Sur ce chemin tracé avant moi par mes pairs
Sur ces futurs verres levés entre confrères
Médecine, j’écris ton nom.

Sur le grand saut, de mon envol ailes au vent,
Sur la conquête de l’Ouest, dans la Lande apprenant,
Je te tends la main pour te laisser un dernier sourire en partant
Et je continue d’écrire ton nom

C’est la fin de la théorie fini le temps des alexandrins,
Je deviens praticien et pratique comme cinq doigts de la main,
J’écris ton nom dans les sirènes du SMUR, dans les fins de gardes au matin,
J’écris ton nom au cabinet, à domicile pour les anciens qui comptent sur moi,
J’écris ton nom sur l’appel à l’aube qui met en émoi,
J’écris ton nom de mes gants stériles tachés à vermeil,
J’écris ton nom sur les lèvres que j’ai croisé la veille,
J’écris ton nom sur les pleurs des enfants, sur leurs sourires éclatants et leurs sibilants,
J’écris ton nom sur la transmission du savoir de mes pairs m’aidant,
J’écris ton nom dans l’abandon de l’hôpital par ceux,
J’écris ton nom dans l’iris océanique de mes yeux.
J’écrirai ton nom pour tous ceux qui souffrent.
J’écrirai ton nom à bout de souffle, jusqu’à faire un salto sans tomber au bord du gouffre.

Alors que certains veulent briser ma plume,
En voulant choisir là où je dois me poser,
Je me fous de vos lois encagués
Dans ces temps obscurs où certains cherchent à prendre ma liberté,
Où le bruit des bottes ressurgit à pas feutrés,

Comme un oiseau-tonnerre je prendrai mon envol,
Car il fait toujours beau au-dessus des nuages,
Je suivrai le souffle du vent qui caracole,

Et je te soignerai car j’ai choisi d’écrire ton nom.

Médecine j’écris ton nom.