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FRANK PRIMAULT

Château Coustolle

Ce fut le lieu de mon enfance, où chaque jour, le cadran n'indiquait aucune heure que je connaissais.

Dans cet espace immense, une poussière d'ivoire flottait dans l'air immobile, annonçant les souvenirs d'un temps révolu.

À chaque instant, lorsque je regardais à travers la fenêtre, perdu dans les vignes, l'horloge semblait suspendue. Les aiguilles hésitaient devant chaque seconde, comme si le temps lui-même craignait d'avancer.

Aucun miroir n'acceptait de me rendre mon reflet, pas plus que ceux des salles de bain ou de ma chambre. À force de m'observer, je finis par me détester.

La porcelaine conservait une chaleur inexplicable, tandis que la gouvernante la faisait briller jusqu'à ce que mon reflet s'y perde.

Une étoffe grenat recouvrait le vieux fauteuil, où mon sang semblait avoir trouvé son épouse.

Les vitrines retenaient encore l'éclat des jours anciens. Là, j'étais à ma place : ni riche, ni pauvre, simplement présent.

Un parfum de cire flottait sous la charpente, entretenue depuis l'époque des tabliers, comme si elle avait connu davantage de guerres que de paix.

Les livres demeuraient ouverts comme des confidences interrompues. Dans cette immense bibliothèque, mes journées et mes nuits ne faisaient plus qu'une.

Chaque jour, les tracteurs fredonnaient la même chanson. Les visiteurs traversaient la propriété avant de disparaître dans un immense vide. Je reconnaissais cette mélodie avant même de l'entendre.

Les vitraux filtraient un azur presque irréel durant les soirs d'hiver.

Le velours gardait l'empreinte d'une présence oubliée, tandis que je m'y couchais sans affection, avec un pied déjà tourné vers l'enfer.

Une poussière d'or dansait au rythme du jour, annonçant la fin de ma dernière prière, sans même un adieu à ma mère.

Les moulures semblaient retenir leur dernier souffle tandis que mes fleurs s'épanouissaient sans un bruit.

Une encre ancienne refusait encore de sécher au plus profond de moi, répétant inlassablement une seule question :
Qui suis-je ?

Le cuivre avait perdu son éclat, mais jamais sa mémoire. Pourtant, il ne salua jamais mon courage, préférant écouter les souvenirs heureux de mes amis.

Une plume reposait auprès d'un carnet inachevé, car je savais qu'un jour mon histoire s'achèverait, peut-être sans écrin.

J'entendis mon nom prononcé par une voix que le temps avait polie. C'était l'appel de ma libération, en octobre 2013.

Certaines promesses vieillissent mieux que ceux qui les prononcent. Alors, sur le seuil de cette porte, je te laisse un simple message de bienvenue.

Ô toi, mon bonheur.

En refermant la porte, je compris enfin pourquoi elle était restée ouverte toutes ces années.