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FRANK PRIMAULT

À la lisière du jour

À la lisière du jour, où l'aurore semblait aimer contempler mon image au loin, même les ombres du futur paraissaient attendre quelque chose.

Le sourire de ma fille semblait vendanger les cultures de mon passé. Il ne restait qu'un vestige de ce que j'avais été.

Elle court dans les ruelles de mon cœur, armée de joie et de lumière. Plus loin, le crépuscule déposait une lueur sépia sur les pierres noires de mes douleurs, profondément ancrées.

Quand elle me dit : « Je t'aime, papa. », mon sillage mélancolique disparaît avant même que je me retourne pour savourer son visage.

Perdu, je l'étais. Pourtant, la brume semblait connaître le chemin mieux que moi pour venir se déposer dans son regard innocent, annonçant un merveilleux présage.

J'ai posé ma main contre l'écorce de ma peau desséchée comme on retrouve un vieil ami. Puis sa main est venue rencontrer la mienne, m'abreuvant de mille étoiles.

Un beau matin, encore perdu dans mes songes, une clairière s'ouvrit devant moi, mais aucun chemin n'y conduisait, car son visage fut la première chose que j'y découvris.

Cruelle est la vie, car les cendres ne racontent jamais comment le feu est né. Pourtant, sa naissance demeurera à jamais gravée en moi.

Dans l'alcôve du silence, j'ai enfin entendu mon propre souffle. Je ne survis plus ; je rayonne auprès de toi, mon enfant.

Le jour de sa naissance, un matin de froid, quatre jours après Noël, fut un frisson qui n'annonçait pas l'hiver ; il annonçait mon retour parmi les vivants.