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Frank Morningstars

Désolé

Je te le dis trop tard, je le sais. Mais je le répète quand même, parce que c’est la seule chose qui sort encore de moi sans que ça sonne faux. Pardon pour chaque fois où j’ai choisi le silence au lieu de parler, pour chaque regard que j’ai détourné quand tu avais besoin que je te regarde vraiment. Pardon pour les mots que j’ai laissés mourir dans ma gorge, ceux qui auraient pu tout changer et que j’ai gardés pour moi comme des armes inutiles.
Je revois ton visage le jour où tu es partie. Pas de cris, pas de portes qui claquent, juste ce calme terrible, ce vide qui s’installait entre nous comme une troisième personne. Tu m’as regardé une dernière fois, et dans tes yeux il n’y avait plus de colère, juste de la fatigue. Une fatigue que j’avais creusée moi-même, petit à petit, sans m’en rendre compte. Pardon pour ça surtout. Pour t’avoir épuisée jusqu’à ce que tu n’aies plus la force de rester.
Ton odeur est encore sur le pull que tu as oublié. Je le prends parfois, je le serre contre moi, et je respire fort, comme si ça pouvait te ramener pour une seconde. Mais ça ne ramène rien. Ça me rappelle juste que je t’ai perdue par ma faute, que j’ai laissé la distance grandir jusqu’à ce qu’elle devienne infranchissable. Pardon pour ne pas avoir couru après toi ce jour-là. Pardon pour avoir cru que le temps arrangerait tout, que tu reviendrais d’elle-même. Pardon pour avoir été assez lâche pour espérer que ce serait toi qui ferais le premier pas.
Je vis avec ça maintenant. Chaque matin je me réveille et la première pensée, c’est toi. Pas comme un souvenir doux, non, comme une douleur fraîche qui se réveille avec moi. Je me demande ce que tu fais, si quelqu’un te fait rire, si tu penses encore à moi parfois, ou si j’ai juste disparu de ta tête comme une vieille photo qu’on range au fond d’un tiroir. Et je m’en veux tellement que j’ai du mal à respirer. Pardon pour t’avoir fait douter de ta valeur. Pardon pour chaque fois où je t’ai fait sentir que tu n’étais pas assez, alors que c’était moi qui n’étais pas à la hauteur.
Je ne te demande rien. Je sais que les excuses arrivent toujours trop tard quand l’autre est déjà parti. Je sais que tu n’as plus besoin de les entendre, que tu as probablement tourné la page, construit autre chose, trouvé quelqu’un qui ne te fait pas mal. Et c’est ça qui me détruit le plus : savoir que tu vas bien sans moi, que tu mérites mieux, et que c’est moi qui t’ai poussée à le comprendre.
Pardon.
Je le murmure dans le vide tous les soirs.
Pardon pour t’avoir aimée mal.
Pardon pour ne pas avoir su t’aimer mieux.
Pardon pour tout ce que je ne pourrai jamais réparer.
Et même si tu ne l’entends pas, même si ça ne change rien, je continue à le dire. Parce que c’est tout ce qu’il me reste de toi