Il n'y a plus de trame où poser les pigments Plus d'oreille attentive où s'achève la plainte La couleur est lavée défaite de sa teinte Le cri tout seul s'en va et se perd dans le vent
Plus de miels onctueux de clairs bourdonnements De jaunes et de bleus aux verts de la clairière La présence devient la nouvelle frontière Et l'horizon s'éloigne au pas des manquements
Plus de brune nuance arable dans les champs Aux labours plus de fleurs sauvages mais des pierres Pas de cacophonies de haies dans les carrières Les oisillons ne sont plus même un pépiement
Il n'y a plus d'étoile ardente au firmament Eblouissant les yeux d'une intense lumière Plus de cieux généreux où tourner les prières L'immensité n'est plus qu'un vaste contenant
Plus de porte blindée aux barbelés du camp La prison étendue aux confins de la terre Restent gisantes les souffrances crues des guerres Agrippées aux martyrs des plus beaux dévouements
Il n'y a plus dans le soir le crépitement Du feu dansant des bois glanés sur les bruyères De la forêt rien ne demeure et la chaumière Brûlée emporte le souvenir de l'enfant
Il n'y a plus de mousse aux rives des torrents Des anges les cheveux retombent en poussières Chargées des résidus des exactions minières Des excès éternels de l'âge précédent
Les fleuves sont des lits de galets épuisants Où glissent la semelle aux places des rivières Les bateaux échoués ont creusé des ornières Marquées par la sueur de leurs contournements
Les sentiers sont chargés d'un éboulis tranchant Qui lacère la veine en bois dur des galoches Le support de l'amour fragile s'effiloche Au manque de toucher un autre être vivant