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François Lavoinne

Un autre être vivant

Il n'y a plus de trame où poser les pigments
Plus d'oreille attentive où s'achève la plainte
La couleur est lavée défaite de sa teinte
Le cri tout seul s'en va et se perd dans le vent

Plus de miels onctueux de clairs bourdonnements
De jaunes et de bleus aux verts de la clairière
La présence devient la nouvelle frontière
Et l'horizon s'éloigne au pas des manquements

Plus de brune nuance arable dans les champs
Aux labours plus de fleurs sauvages mais des pierres
Pas de cacophonies de haies dans les carrières
Les oisillons ne sont plus même un pépiement

Il n'y a plus d'étoile ardente au firmament
Eblouissant les yeux d'une intense lumière
Plus de cieux généreux où tourner les prières
L'immensité n'est plus qu'un vaste contenant

Plus de porte blindée aux barbelés du camp
La prison étendue aux confins de la terre
Restent gisantes les souffrances crues des guerres
Agrippées aux martyrs des plus beaux dévouements

Il n'y a plus dans le soir le crépitement
Du feu dansant des bois glanés sur les bruyères
De la forêt rien ne demeure et la chaumière
Brûlée emporte le souvenir de l'enfant

Il n'y a plus de mousse aux rives des torrents
Des anges les cheveux retombent en poussières
Chargées des résidus des exactions minières
Des excès éternels de l'âge précédent

Les fleuves sont des lits de galets épuisants
Où glissent la semelle aux places des rivières
Les bateaux échoués ont creusé des ornières
Marquées par la sueur de leurs contournements

Les sentiers sont chargés d'un éboulis tranchant
Qui lacère la veine en bois dur des galoches
Le support de l'amour fragile s'effiloche
Au manque de toucher un autre être vivant