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François Lavoinne

Encore un dernier vers

La lourde porte en fer vient de se refermer,
Lors, le soleil est haut dans l'azur, la menace
Rêve d'un grand troupeau de rois à consumer.

Dans le bruit des sabots qui martèlent la place,
La bave de l'écume empoissent les caïeux,
L'attaque dans le cor, aux taïauts de la chasse.

Tu as autant vécu que tu te sens si vieux,
Où est donc ce trésor, que tu as dû enfouir
Si profond, pour ne pas attirer les curieux ?

La plaine constellée est prête à t'accueillir,
Dans la douceur des peaux qui ont su t'apaiser,
Tu as connu des mains jusqu'à t'épanouir

Et dégusté le fruit au pommier du verger.
Une voix se distingue aux plaintes des agneaux :
" Cet homme est attendu ! Laissez-le cheminer. "

Longtemps, tu as aimé les pierres, les chevaux
Qui devront, aujourd'hui, faire sans ta personne.
Tu te souviens de tout et gagne ce ruisseau

Où la raison s'échappe, où tout en toi raisonne.
As-tu usé l'espoir jusqu'à l'anéantir ?
Dans ce bourdonnement, une étoile rayonne,

La beauté devra-t-elle, un beau jour, se ternir ?
Ces doigts gourds, comme un poids, recueillent une plume,
Et, tu fermes les yeux... Pourras-tu les rouvrir ?

Tu marches, pas à pas, abrité par la brume
Qui masque, de ses draps, l'attention du gardien ;
Affranchi du destin, tu poses ton enclume.

Maintenant immobile, à toi, plus rien ne vient.
Si tu cessais d'aimer, où iraient qui tu aimes ?
Il y a si peu de place ici, et tu retiens

Le dernier vers, vivant encore, à ton poème.