Nous avons tous en nous un peu de nos ancêtres, Des générations posées au fil du temps, Et quand nous partirons nous-mêmes au néant A l'heure, aussi, de notre mort
La lueur des aïeux viendra nous entourer. Tendus vers l'autre espace, ils montreront la route, Sur nos corps de lumière y posant un baiser Comme un ange les soirs de doute.
Nos yeux ont le regard d'un père ou d'une mère, Nos mains, notre visage éveillent des chemins Que nos mille rameaux d'un arbre millénaire Ont vu transmettre à l'une, à l'un.
La forme de nos fronts, notre timbre au réveil, Ne sont pas étrangers à ceux qui, tendrement, Nous effleurent parfois la joue dans le sommeil Pour répondre à nos sentiments.
Notre cœur est bien plus que tout ce qui soupire. Car leur présence est là - mais qui peut la prévoir ?- Dans leur doux battement où pulsent nos sourires, Leur amour dans nos désespoirs.
Car ils ne veulent pas ni l'horreur, ni les guerres. Le mal n'existe plus au creux des dimensions. Mais quand l'erreur commise a jeté sur la terre Le sang d'un être périssant,
Tout le futur inscrit en lui, toutes les âmes Issues du grand creuset - Ô vies en devenir - Ne poursuivront jamais leurs chemins, par l'infâme Couperet de nos errements !
L'invisible Gardien conservera les fautes Puis la vie reprendra par d'autres claire-voies. Sur le canal du temps, une vague tressaute, Et l'onde trouve une autre voie.
L'univers sans arrêt s'adapte et se transforme : Myriades d'existences aux étoiles du ciel ! Il nous montre un aspect infime dont nous sommes, Un descendant de mille éveils.
L'enfant possède en lui la valeur d'un présage, Tissé par un faisceau de liens et croisements. Ceux qui croient être purs demeurent ignorants De la volonté des Sages.
Chaque jour se métisse et compose le monde, Eparpillant le germe aux terreaux des destins. N'est-ce pas merveilleux de poursuivre la ronde Que je lègue à ma fille en allant vers demain ? ...