Léonard au Clos-Lucé
Léonard au Clos-Lucé
"Pour l'homme que je suis, chercheur infatigable,
Ayant livré ma vie à la contemplation
Des sciences et des arts, le monde est admirable
Et tout est mécanique en sa perfection !
Ah! qui n'a, comme moi, connu tous ses rouages,
Œuvre intime de Dieu, miracle sans erreurs,
Dont chaque atome exprime un univers d'images,
Un incommensurable écheveau de couleurs !
Si je pouvais, à l'âge où le Temps me consume,
Vous exposer les vues que mon esprit conçoit,
Vous verriez tout le plan connu comme une écume
Dans l'immense océan de l'infini des lois.
L'étude exalte l'âme et s'offre à l'expérience.
Mon grand-père Antonio me disait : "Ouvre l'œil !"
Dans le vol des oiseaux, j'ai appris la patience.
Toute force s'applique en tout, sans un écueil.
Chaque îlot découvert est un moment de grâce,
Une parcelle unique, un pays dévoilé !
Nous vivons à côté de cieux qui nous dépassent,
Un royaume inconnu, merveilleux et sacré !
Ma belle Gioconda, regarde les étoiles !
Elles sont dans tes yeux l'étincelle du jour.
Pendant plus de dix ans, j'ai posé sur ta toile
La lumière et la vie aux multiples contours.
C'est ainsi que tout naît : j'en ai la certitude.
Le Seigneur est Amour en toutes créations.
Sa Connaissance infuse au fond des multitudes
Pour que l'homme ignorant se pose des questions,
Qu'il se hisse humblement auprès du Grand Principe
Et invente à son tour en cherchant le pourquoi.
J'ai mis dans ma peinture, ainsi qu'un frontispice,
Un peu de sfumato qui n'appartient qu'à moi.
Si ma main droite est morte, il me reste à écrire
En miroir, de la gauche, autant que je pourrais.
Mon crâne est plein d'idées, comme un poumon respire.
Lorsque François viendra, je lui en parlerai...
Tel un vieil artisan, j'ai laissé des commandes
Inachevées pour ceux que le fiel nourrira.
Mes dessins, mes carnets, sont tout ce que demande
Un Art dont l'avenir aux sciences s'ouvrira" ..