L'inconcevable grâce
L'inconcevable grâce
Les instants les plus beaux sont aussi les plus humbles
Comme une réunion chaleureuse au milieu
Des êtres que l'on aime, un rire, une joie simple
Empreinte de bonheur, pour tous ces gens heureux
De vivre. Car chacun a le droit d'être libre,
De partager la Terre et sourire aux moments
D'amour, quelquesoit l'air qu'on hume ou qu'on respire,
Quelquesoit notre humeur, inquiète ou sifflotant ...
Le temps s'arrête alors, en cette plénitude
Où tout paraît subtil, parfait éclat des cieux,
La grâce nous atteint et l'on ne sait que dire,
Suave et merveilleuse bulle, ô lumineux
Chemin comme hors du temps, des malheurs et des rudes
Douleurs. Une fois seule, ai-je connu cela...
Unique instant, magique et pur et si limpide
Que mon cœur s'en rappelle et jamais n'oubliera.
C'est au bord d'un vieux bac rouillé, tout près d'Hanoï,
Au creux de pauvres gens, gagnés par le sourire,
Aux effluves de sueurs, éloignées du monoï,
Que j'ai vécu l'instant qu'on ne peut pas décrire !
Aucun mot ne saurait approcher du sensible
Cet espace de joies que rien ne peut ternir.
Trois enfants m'entourèrent et l'incompréhensible
Jargon entre nous quatre, aureolés de rires,
Sembla se transformer en une apothéose !
Chaleur, douce tendresse et bonheurs inédits ...
Je ne comprenais pas pourquoi cette heure éclose
Illuminait ce jour, tel un feu dans la nuit !
Ils étaient là, mêlant leurs gestes à mes phrases,
Sans doute aussi charmés que moi par l'unisson
Qui semblait, par hasard, nous unir dans l'extase :
Ce je ne sais qui sourd, s'éveille et nous rend bons !
Kiou, Siou et Wang, enfants d'une contrée lointaine,
Vous m'avez apporté bien plus que tout présent !
Ce moment est inscrit en moi, comme une aubaine,
Une grâce incroyable au cœur de pauvres gens !
Qu'êtes vous devenus ? Je prie parfois les anges
Qu'ils vous guident, patients, vers un bonheur soudain.
Et Kiou, dont la maman voulait que je l'adopte !
Tu dois être une femme aux neuf ou dix bambins !
Le destin m'arrracha de ce lieu comme on perd
La foi dans la souffrance et la lueur des jours !
Je restais presque éteint loin de ces êtres chers,
Inconnus, et pourtant, mes astres pour toujours ! ...
Peypin, 23 mars 2025