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Eric BENCHIMOL
L'homme de Chauvet
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Eric BENCHIMOL
L'homme de Chauvet
L'homme de Chauvet
Ma grotte est une cathédrale
Où j'ai laissé quelques outils
Tout au fond de la grande salle,
Où la vieille ourse se tapit.
Tant qu'autour de moi les feux brûlent,
Elle m'observe sans broncher.
Je dépose mes particules
De charbons aux doigts ou soufflés.
Quand le pigment parfois s'estompe
Le long des naseaux d'un cheval,
Je le reprends pour que ne rompe
Le contour du tout général.
Il ne faut pas que je m'endorme,
Elle pourrait me dévorer.
Si je recule, axant les normes,
Elle gronde au bord des foyers !
Le temps pour moi n'a d'importance
Qu'à l'heure où mes yeux fatigués
Réclament un peu de clémence
Alors, je sors pour me coucher.
Mais mon esprit sans cesse habite
Les versants pierreux que je sens
S'animer d'un immense rite,
Et mes dessins vivre de sang !
Les têtes de lions rugissent
Sur douze mètres de beauté.
Du fusain, leurs élans surgissent
Et se galbent sur le rocher.
J'ai tout d'abord travaillé l'ocre
Et puis le noir s'est affirmé.
Je reprends toujours le médiocre,
La paroi sur mon corps arqué.
J'ai tellement appris des ombres
Avec ma lampe au gras d'aurochs
Que les toisons claires et sombres
Semblent bouger le long des rocs !
Cette nuit, la vieille ourse est morte.
Sa présence manque à mon cœur.
Elle poussait mes idées fortes
A s'éclairer malgré la peur.
Sur un autel, j'ai mis sa tête
En hommage aux esprits du lieu
Que j'ai conçu parmi mes bêtes.
Demain, peut-être, ils seront dieux !