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Eric BENCHIMOL

Il était là

Il était là...

Quand Marc présenta Diane à David, son grand frère,
Celui-ci ressentit un pincement au cœur.
Elle était si jolie, épanouie et fière
De porter à son doigt la bague du bonheur.
Pensif, il était là...

La passion se lisait en eux comme deux anges
Dont les ailes s'ébrouent à peine rencontrés.
David était pédiatre. Il savait comme étrange
Voire instable pouvait devenir son cadet !
Alors il était là...

Entre eux, l'amour passait de la rage aux orages.
Souvent, il le calmait dans ses sautes d'humeur,
Lui rappelant combien cette fille était sage,
Combien il se devait de respecter son coeur.
Près d'eux, il était là...

Très vite, à dix huit ans, elle tomba enceinte.
Ils étaient fous de joie, prêts à se marier.
Mais l'annonce survint, impitoyable étreinte:
Hydrocéphalie grave et grande infirmité !
Près d'elle, il était là....

Marc voulait qu'elle avorte, incapable de vivre
Ce "gâchis". Il hurlait, la tançant d'en finir.
Mais David écoutait cette femme poursuivre
Le désir d'un enfant en elle, en devenir !
Il dit : " je serais là"....

Pendant huit ans, Julia ne vit jamais son père
Parti sur quelque mer au loin, pour oublier...
Il envoyait l'argent, refusé par la mère !
Diane le voulait proche, et non pas sa pitié.
Et David était là....

Les nuits de convulsions, les cris, l'incertitude
Pour son enfant mettaient la jeune femme en pleurs.
Qu'il pleuve ou fasse nuit, quittant sa solitude,
Il venait rassurer, soutenir sa douleur.
Sans cesse, il était là...

Et quand il repartait, arrêtant sa voiture,
Il pleurait de n'avoir pas su lui avouer...
Et les années passaient. La mère était plus sûre.
Ô combien Julia l'adorait sans parler !
Près d'elles, il était là....

Elle avait tant de force à puiser pour sa fille,
La porter dans son lit, malgré ses reins brisés,
Qu'il avait proposé l'accueil d'une famille
Mais Diane voulait seule agir, tout assumer !
Alors, il restait là...

Un jour, on l'appela d'urgence à la clinique.
Diane était comateuse après un accident.
Il découvrit son frère auprès d'elle, en panique
Et ne sut que baisser la tête en le voyant.
Inquiet, il était là...

Marc était chaque jour présent, depuis l'aurore !
Il lui tenait la main, la couvrant d'attentions.
Et Diane le pensait différent ... Plus encore,
David la ressentait rétive à la raison.
Mutique, il était là ...

L'aîné ne savait pas tenir tête à son frère.
Depuis toujours, il fut très calme et réservé.
Mais son regard criait à Diane sa colère.
Et pensive, elle ouvrit ses yeux sur le passé
Où lui, il était là !...

"Où étais tu, dit-elle, quand ta fille en souffrance
Réclamait de l'amour, des soins, de l'affection ?
Tant de nuits sans sommeil, sans toi, que ton absence,
Nos amis s'éloignant, personne à l'horizon !
Seul David était là "...

Alors Marc s'en alla, la laissant seule, amère,
Sans même caresser sa fille un seul instant !
Lasse à toujours se battre, elle appela sa mère
Pour l'aider doucement à surmonter ce temps.
Et David approuva...

Marthe était une femme aussi forte que Diane
Qui comprit peu à peu le lien immense et cher
Entre Diane et Julia, mais aussi, diaphane,
Entre Diane et David, imperceptible et clair...
Ses yeux ne mentaient pas !

Elle apprit qu'il vendait son petit lodge triste,
Espérant acquérir une grande maison.
"Je ne suis qu'une amie à la fin de sa liste"
Ironisait sa fille " il part avec raison " !
Pourtant, il était là...

Et puis, un jour de mai, lumineux et paisible,
David vint proposer à Diane, un court moment,
De visiter un bien avec lui, l'air sensible,
Pour donner son avis, d'un sourire si franc
Qu'elle accepta...

Et tandis qu'ils passaient tous deux de pièce en pièce,
Et qu'elle appréciait l'espace et la beauté,
Le ressentant timide et plein de gentillesse,
Si sincère en ce lieu, soudain, elle sentait
Son coeur qui bat !

D'une voix douce, il dit : " La chambre en bas est grande,
Tu n'aurais plus besoin de monter l'escalier
Jour et nuit, pour Julia. Pardon pour ma demande...
Épouse moi Diane "... Elle était pétrifiée
Qu'il dise çà !...

" Je t'aime et je voudrais fonder une famille,
Adopter Julia, ouvrir notre maison
A ce bonheur, enfin, que mérite ta fille,
Laisse moi te choyer, si tu le veux, soyons
Heureux nous trois"...

Et lorsqu'il l'embrassa, tous ces jours auprès d'elle,
Ces années côte à côte à lutter et souffrir,
Semblèrent tout à coup des pages irréelles
Où son coeur ne conçut jamais, prêt à fleurir,
... Qu'il était là...

Peypin, 22 mai 2025