"J'affirme : ni les Dieux, ni la Mort sont à craindre, Que la vie est bonheur, que chacun peut l'atteindre Dans la sagesse heureuse et les plaisirs sereins. Le but de la Nature est un bien souverain Qui porte vérité aux sens, à l'expérience, Très loin de l'illusion qui mène à la souffrance Et l'erreur vient souvent de notre jugement. Car la croyance aveugle autant que l'homme ment.
Dans l'enchevêtrement invisible d'atomes, Je soutiens que le Vide est pour moi, astronome, Aussi présent que tout objet de perception. L'univers est parfait. Si nous n'en connaissions Qu'une infime partie ou quelques phénomènes, Notre pensée aurait des vétilles humaines Une bien piètre image à ce monde sans fin ! Magie, superstitions, empiriques destins ! Éloignons nos esprits de l'obscur et du sombre Car rien ne naît de rien, le Néant n'est qu'une ombre Et tout ne pourra donc jamais naître de tout. Un jour, les physiciens sauront nous rendre saouls !
L'atome, seul, demeure éternel dans le Vide, Insécable matière à la grandeur avide Qui multiplie et croit sous d'infinis aspects. Cette pluralité des mondes n'est suspect Qu'à ceux dont le regard étriqué se cantonne A la terre, à la mer, aux cieux. Je vous étonne ! Pourtant, rien ne saurait défier la raison Si le calcul rendait à l'imagination Le mouvement de l'âme et des corps dans l'espace. Il nous faut reposer loin des œuvres fugaces Afin d'apprivoiser la douleur du vécu. Tout est beau dans le bien car tout bien est Vertu."