Emir Deniz: la peur des ombres
Ils crient dans les rues, brandissant leurs drapeaux,
Promettant un passé qui n'a jamais existé,
Un pays pur, figé, débarrassé du fardeau
De ceux qui viennent d'ailleurs chercher la liberté.
Ils vendent la peur comme on vend du poison,
Désignent l'étranger comme source de tous les maux,
Oublient que leurs aïeux, dans les mêmes saisons,
Ont fui la misère, traversé les mêmes eaux.
La France, disent-ils, doit rester entre soi,
Fermer ses frontières, rejeter l'inconnu,
Mais quelle France défendent-ils, ces gens-là ?
Celle des exclus, des oubliés, des vaincus ?
Car la France n'est pas un musée poussiéreux,
Figé dans le marbre d'un temps révolu,
Elle est ce creuset vivant, généreux,
Où se mêlent les sangs, les rires, les élus.
Regarde nos rues, nos marchés, nos écoles,
Écoute ces voix qui chantent mille accents,
Le boulanger kabyle, le médecin créole,
L'infirmière chinoise au cœur si bienfaisant.
Regarde nos enfants, métis de République,
Qui jouent ensemble sans voir les couleurs,
Pour qui l'amitié n'a rien de politique,
Juste des mains tendues, des rires et des cœurs.
Ils ont peur, ces extrémistes au verbe haineux,
Peur du changement, peur de perdre leur place,
Peur que demain soit différent d'hier, plus radieux,
Peur que l'autre soit miroir de leur propre face.
Mais nous, nous n'avons pas peur du mélange,
De ce métissage qui fait notre richesse,
De cette France plurielle où chacun échange
Sa culture, sa langue, ses joies, sa jeunesse.
Le melting-pot français n'est pas une utopie,
C'est notre histoire écrite depuis des siècles,
Des Italiens, des Polonais, qui ont bâti
Notre pays, forgé nos écoles, nos cercles.
Aujourd'hui ce sont d'autres noms qui résonnent,
D'autres visages qui enrichissent notre terre,
Mais c'est la même histoire qui toujours fredonne
Le chant de l'accueil, du partage, de l'être.
Alors non, nous ne céderons pas à la peur,
À ces marchands de haine et de division,
Nous continuerons de croire, le cœur en chœur,
Qu'ensemble, différents, nous bâtissons la nation.
Liberté, Égalité, Fraternité,
Ce ne sont pas que des mots gravés sur la pierre,
C'est un engagement, une volonté
De vivre ensemble, malgré les frontières.
La France est un jardin aux mille fleurs,
Où chaque plante apporte sa couleur,
Son parfum unique, sa propre splendeur,
Et c'est ensemble qu'elles font battre nos cœurs.
Alors refusons l'extrémisme et ses mensonges,
Refusons la peur qui divise et détruit,
Choisissons l'amour, même quand tout se ronge,
Choisissons le vivre-ensemble qui nous conduit.
Car nous sommes plus forts dans notre diversité,
Plus beaux dans nos différences assumées,
Plus grands dans notre fraternité
Que dans l'isolement qu'ils ont tant rêvé.
France de demain, métisse et vivante,
Continue d'accueillir, de mélanger, d'aimer,
Malgré les cris de cette horde ignorante,
Tu resteras ce phare pour les opprimés.