Vos
poèmes

Poésie Française : 1 er site français de poésie

Vos<br>poemes
Offrir
ce poème

Cypora Boulanger

Poser mes oripeaux

Poser mes oripeaux sur la piste vermeille,
Fermer à double tour les trappes de ma vie,
Aller au bout du monde où est le grand Soleil,
Pour trouver le repos au creux d’un vaste lit.

Occulter, oublier trahisons et défaites
Qui ont tant retourné de couteaux dans mes plaies,
Mais ne rien pardonner, impossible épithète
Qui remue mon intime… et mon cœur n’est pas prêt,

Même pour respirer autrement quand l’étau
Serre encore âprement le fond de mon gosier ;
De l’enfant que je fus ne reste que l’écho
Des neiges d’autrefois où mes pieds ont dansé.

Il a plu et venté sur mes rêves de gosse,
Les années ont passé et me voici au bout,
Cet antan qui me suit a changé mon carrosse,
Quand le gong a sonné, en un sordide trou.

S’y entassent des cris, des murmures, des larmes,
Tous ceux qui m’ont trahie, je les ai abolis
En usant à foison de leurs secrètes armes
Et leurs voix se sont rues et leurs mains décati.

Non, je n’absoudrai pas tous ces hargneux félons,
Car au fond de mon âme où ma colère gronde,
Reste encore un filet de courroux où l’infâme
Court et se joue de moi comme un bouffon immonde.

Qu’ils soient de ma famille ou amis non sincères,
Ces fats qui ont croisé mes chemins écartés,
Je n’épargnerai pas ces timorés faussaires,
Qui prenaient tout de moi sans jamais rien donner.

Je ne pardonnerai ni leur désinvolture
Qu’avec tant de froideur ils m’ont manifesté,
Ni les serments d’amour dotés de forfaiture
Qui, comme le soleil d’hier, se sont celés.

Tout ce qu’on m’a offert – aussitôt retiré -
J’ai dû le recouvrer, butée, mais en silence,
Chaque étincelle d’or, chaque lueur moirée,
Je les ai accueillies telle une délivrance.

Je voudrais bien refair’ le chemin à l’envers,
Laisser là tout ce qui n’a plus grande importance,
Enfourchant l’étalon qui, fuyant cet enfer,
M’emportera là-bas, aux sources de l’enfance,

Pour retrouver les clés des portes d’autrefois,
Que j’avais tant poussées pressée de m’en défaire
Et revenir au temps où, la première fois,
J’ai dit à haute voix tout ce qui m’indiffère.

Caresser à nouveau la joue si douce et chaude
Et les mains tavelées de celle qui m’a faite,
Elle me manque tant et, avant ma défaite,
Je voudrais lui conter tout ce qui me taraude.

Ils sont morts à présent tous ceux qui m’ont blessée
Ou quitteront bientôt une vie imparfaite,
Car moi je resterai ici à contempler
Leur œuvre interrompue ainsi que leur défaite !