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Cypora Boulanger

Ils ont des châteaux ronds

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

A l’aurore un dais bas, liquéfié par la bruine,
Envahit la prairie revêtue d’ivraies folles
Où des lièvres taquins au sous-bois batifolent
Se cachant, çà et là, parmi de tristes ruines.

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

De ces palais si fiers, où des seigneurs vécurent,
Il ne reste que tours lacérées et vaincues,
Révélant un passé que le présent abjure
Pour avoir été beaux, fastueux et cossus.

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

Quelques murs chancelants qu’aucun elfe, jamais,
Ne vient troubler le soir quand hulule les ducs.
Tous les ors de jadis qui ont fui sous le stuc
N’attisent plus d’on-dit… même la nuit se tait.

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

Dans ces vieux châteaux forts, tout en haut des collines,
Je n’ai rien retrouvé qu’une vieille oriflamme,
Ni le vin de jadis, ni douce Colombine
Qui se cherchait un Prince pour réchauffer son âme.

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

Egarée dans ces lieux délaissés, j’ai erré,
Empruntant des couloirs, souterrains et dédales,
De donjons insensés, en profonds escaliers ;
Un étendard gisait disloqué sur les dalles.

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

Si je n’ai rien trouvé pour écrire au grimoire,
Je me suis enivrée au vin de poésie,
Cette poussière bleue qui sertit ma mémoire,
Tout comme l’araignée fait sa tapisserie.

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

Des centaines de nuits j’ai marché au hasard
Dans cette obscurité aux parois descellées
Qui laissaient faufiler juste un rayon blafard,
Entre les trous de tir, de soleil égaré.

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

« Mais que fais-tu donc là ? » M’invectiva le ciel.
« Que cherches-tu ici en ce lieu vaste et froid ?
Si sa rotondité lui donne bon alois
Pourtant, tout son savoir n’est plus qu’artificiel ! »

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !

Aux portes du matin, le château disparut,
Plus de murs délabrés, ni donjon gigantesque,
Dans un frémissement c’est alors qu’apparut
Vêtu d’un manteau blanc d’allant chevaleresque,

Un prince aux yeux de jais qui se pencha vers moi
- Il se tenait debout là dessous le grand chêne -
Et d’un geste galant m’effleurant de ses doigts,
Caressa mon poignet comme à un’ souveraine.

Me voici réveillée, un sourire à ma lèvre ;
Mon rêve s’est enfui en méandres profonds,
Mais, dans le firmament, j’entends une chanson
Qui s’en vient m’aguicher et courre sur mes lèvres :

Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
Ils ont des châteaux ronds, viva Bourguignons !