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Chantal TOULMOND

Je ne veux plus de murs !!!


Je viens de loin,
de ces matins où l’on apprend très tôt
que la vie ne fait pas de cadeaux,
mais qu’un être humain
peut encore en faire.
J’ai connu les poches vides,
les chemins difficiles,
les portes qui se ferment,
les silences qui font mal.
Mais j’ai gardé le dos droit.
Parce qu’on peut manquer de tout
sans manquer de dignité.
J’ai croisé des regards
venus d’ailleurs,
des visages marqués par l’exil,
des enfants qui portaient dans leurs yeux
des histoires trop grandes pour leur âge.
Et je me suis demandé :
Depuis quand faut-il être semblable
pour avoir le droit d’être aimé ?
Depuis quand une frontière
peut-elle décider
où commence l’humanité ?
Je ne veux plus de murs.
Je veux des ponts
faits de mains ouvertes,
de paroles simples,
de regards qui ne détournent pas les yeux.
Je veux qu’un enfant puisse dire :
« Il est différent de moi. »
Sans que cela signifie :
« Il est moins que moi. »
Je veux apprendre à nos enfants
que la couleur d’une peau
n’est qu’une couleur,
qu’un prénom étranger
n’est pas une menace,
qu’un accent
ne rend pas une parole moins belle,
et que derrière chaque visage
il y a peut-être une mère,
un père,
un enfant,
un chagrin,
un rêve
et cette même envie
de trouver sa place.
La tolérance,
je ne veux pas qu’on la prononce.
Je veux qu’on la vive.
Dans une chaise qu’on rapproche.
Dans une main qu’on serre.
Dans un repas qu’on partage.
Dans une porte qu’on ouvre
à celui qui pensait
qu’elle resterait fermée.
L’intégration,
ce n’est pas demander à l’autre
d’oublier d’où il vient.
C’est lui permettre
d’apporter son histoire
sans lui demander de s’excuser
de l’avoir.
Tu viens d’ailleurs ?
Alors viens.
Apporte ta langue.
Tes souvenirs.
Tes recettes.
Tes chansons.
Tes blessures aussi.
Nous n’avons pas besoin
d’effacer nos différences
pour écrire ensemble.
Il suffit
de ne pas en faire des armes.
J’ai soixante-dix ans
et je regarde encore le monde
avec l’espoir un peu têtu
de celle qui refuse
de croire que l’homme
est condamné à se détester.
J’ai vu la misère.
J’ai vu la peur.
J’ai vu des gens qui n’avaient rien
donner pourtant le peu qu’ils avaient.
Et c’est là que j’ai compris
ce que les grandes paroles oublient parfois :
la richesse d’un être humain
ne se mesure jamais
à ce qu’il possède,
mais à ce qu’il est capable
de donner.
Alors oui,
je continuerai à tendre la main.
Même quand on me dira
que cela ne sert à rien.
Même quand certains préféreront
les murs aux ponts.
Même quand le monde semblera
avoir oublié la douceur.
Parce que je crois encore
qu’une main peut désarmer une peur,
qu’un sourire peut traverser une frontière,
qu’un enfant peut apprendre
à ne pas reproduire les haines
qu’on lui transmet.
Et si je dois laisser
une seule phrase derrière moi,
une seule,
à mes enfants,
à mes petits-enfants,
à ceux qui viendront après nous,
ce sera celle-ci :
Ne demande jamais à un être humain
d’où il vient
avant de lui demander
où il veut aller.
Car nous venons tous
de quelque part.
Mais nous avons tous
le même droit
à demain.
Je ne veux plus de murs.
Je veux des ponts.
Et tant que mon cœur battra,
j’essaierai d’en construire.