matinale solitude
L’automne à ma fenêtre a posé ses doigts froids,
Sous un ciel pâle et bas,nuancé de gris froids,
Le soleil hésitant,d’un rayon timide et vague,
Dore à peine les toits que la brume divague.
Je suis seul au réveil, dans le silence austère,
Aucune voix ne trouble l’ordinaire de la terre;
Seul le frêle soupir des marronniers qui saignent
Leurs feuilles en spirale et que les trottoirs baignent.
Ma chambre est un réduit où le temps s’est fané,
Comme un fruit oublié,lentement retourné ;
La tasse de café fume,unique compagnie,
Écho de mes matins,douce et monotone harmonie.
Je marche dans la rue où le vent a mémoire,
Il chuchote des noms,des fragments d’anciens soirs ;
Chaque pas solitaire écrase une feuille morte,
Comme un espoir ancien que l’âme même emporte.
Les passants sont absents ou bien indifférents,
Je traverse leur monde en spectateur transparent;
Eux,peut-être, s’en vont vers des bras, des haleines,
Moi,je n’ai que le vent et le parfum des chênes.
Ô saison des dépouilles et des adieux discrets,
Toi qui romps les rameaux et les nids,tu m’as fait
Cet homme sans printemps,sans été qui l’enlace,
Mais libre dans le calme et sa propre surface.
Pourtant, dans ce matin aux lueurs incertaines,
Je sens naître en moi d’invisibles fontaines:
Un poème se lève où l’absence est sereine,
Et l’automne m’offre une couronne de chagrin sain.
Ainsi va le célibataire, humble et lucide,
Dans la grâce fragile où le jour se décide;
Son royaume n’est peuplé que de rêves sobres,
Et l’automne en son cœur a la paix de ses ombres.