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Badr Alaoui Mrani

le noctambule solitaire

La ville s’endort dans un lit de brume,
Moi, je m’éveille, âme qui s’allume.
Les réverbères, mes confidentes pâles,
Éclairent mes pas, ombres inégales.

Les néons saignent sur l'asphalte humide,
Mon ombre s'étire, triste et liquide.
Les cafés tardifs, îlots de lumière,
Où je viens cueillir mes chimères.

Au comptoir de chêne, je pose mes nuits,
Un café noir, mes rêves s'enfuient.
La vapeur murmure des mots éphémères,
Dans ce breuvage, je perds mes frontières.

Les rires des autres, lointains et voilés,
Sont des échos que j'ai dépliés.
Je suis le roi d'un royaume de livres,
Où chaque silence me rend plus vivant.

Les pas pressés, les amants qui passent,
Leurs corps unis, mes pensées qui se lassent.
Moi, je suis l'homme sans nœud, sans adresse,
Dont l'âme flotte en pleine tendresse.

La lune, complice, accroche sa faux
À mon balcon vide, dernier tableau.
Je parle aux étoiles, muettes et fières,
Elles connaissent mes nuits prisonnières.

« Ô Nuit ! » dis-je, « Toi, ma douce geôlière,
Pourquoi m'offrir cette paix meurtrière ?
Je suis le navire sans port ni voile,
L'écho perdu dans ton immense toile.

Mes mains sont vides, mon lit est froid,
Je danse avec l'ombre, sans écho.
Mais dans ce désert de bruits et de fièvres,
Je trouve une liberté qui m'enivre. »

Et le jour viendra, pâle et timide,
Rappelant au monde son ordre vide.
Moi, je regagne ma chambre muette,
Avec pour trésor... ma silhouette.

Car je suis le veilleur, l'éternel célibataire,
Poète secret des nuits solitaires,
Et si mon cœur pleure en secret,
La nuit, du moins, lui tend un miroir.