le messager d'azur
Toi, frêle messager aux ailes de déluge,
Fragment de ciel tombé dans un jardin désert,
Papillon,dont le vol incertain et nerveux
Semble écrire un secret sur les pages du jour.
Tu butines, léger, les fleurs de l’églantier,
Sans jamais t’arrêter sur une seule corolle.
Ton bleu,saphir ailé, est un éclat de fièvre
Qui perce l’épaisseur de mes silences sourds.
Et moi, l’homme debout, spectateur immobile,
Je te regarde,épris de ta liberté vaine.
Chaque parcours zigzaguant,chaque virevolte,
Est un mot de désir que je n’ai jamais dit.
Ton existence est brève, un souffle, une étincelle,
Pourtant,tu as touché la pourpre et le laurier.
Tu portes sur le dos la couleur de l’absence,
Ce bleu qui tremble entre le désir et l’adieu.
Sais-tu que dans ton vol, je vois mon propre songe ?
Une âme en suspens,qui cherche une autre âme,
Qui frôle les bonheurs,les effleure et passe,
Et qui craint de gâter la fleur en se posant.
Tu es l’écho lointain de mes tendresses muettes,
Un billet sans destin,sans adresse et sans mots.
Peut-être qu’en ce bleu si fragile et si rare,
Je suis,moi aussi, une espèce en péril.
Alors, papillon, prends mon ombre avec toi ;
Rapporte-la au ciel,là où les vœux s’envolent.
Et si tu croises une autre âme égarée,
Dis-lui qu’un homme seul lui garde sa couleur.