l'homme aux nuages
Ma pensée est grise, et douce, et lente,
Comme un brouillard qui monte d'un étang.
Elle n'a ni l'éclair,ni la tourmente,
Ni la couleur du désir arrogant.
C'est un ciel bas où rien ne s'accomplisse,
Où les projets,oiseaux lourds de sommeil,
Se débattent dans de la laine grasse,
Et retombent,sans espoir ni réveil.
Je suis l'homme qui marche sous ce voile,
Dont les pas sont des silences discrets.
Ma maison est faite de paix et de toile,
Et je n'ai pas d'ombre sur les parquets.
L'amour, dit-on, a des flammes vermeilles,
Qui brûlent fort jusqu'au cœur des hivers.
Moi,je connais le poids des vieilles feuilles,
Et la douceur des horizons ouverts.
Je vois les couples, heureux, dans la rue,
Leur joie est un soleil qui me pâlit.
Mais ma pâleur est une arme ingénue
Contre l'éclat qui soudain s'ensablit.
Ma pensée grise est un drap sans pliure,
Un crépuscule où tout est apaisé.
Elle est le deuil d'une future blessure,
Et le bouclier qui l'a devancé.
Alors, je vis avec cette compagne,
Cette brume qui berce mes raisons.
Elle est mon lit,ma chambre, mon compagnon,
La seule chair qui défie les saisons.
Et quand la Nuit tend son manteau d'étoiles,
Je lui souris,sans remords, sans désir.
Car je suis roi dans mon royaume de toiles,
Célibataire et libre…à en mourir.